Doux rêveur...
Je regarde le soleil se lever tranquillement sur la capitale et observe, petit à petit, la ville s’animer de ces millions d’anonymes qui courent dès l’aurore après leur rêve, leur quête, leur gloire.
Et moi je suis là à les contempler, arrêtant la course de ma propre existence, à me demander ce qui me motive à avancer dans ce monde, à vieillir pour profiter de quoi ?
Du tout premier souvenir que j’ai jusqu’à ce matin, je me dis que les seules années qui ont vraiment compté, celles qui m’ont fait le plus aimer la vie, celles qui m’en ont fait profiter, c’est ma jeunesse. Une vingtaine d’années sur une cinquantaine déjà bien passée et qui verra sans doute des dizaines s’y ajouter. Une vingtaine d’années passée comme un éclair. Un grain de sable dans le désert…
Ils ont de la chance nos enfants de pouvoir courir avec cette insouciance, de nous dire qu’ils veulent grandir car être petit c’est pas marrant ! Comme j’aimerai pouvoir être certains que je puisse rajeunir, comme eux sont certains de grandir, revivre ces années bonheur, rigoler de tout, vivre sans ces responsabilités qui nous contraignent et nous assomment.
Revoir la maison de mon enfance, me coucher dans l’herbe et contempler le ciel, faire des châteaux de sable et de boue, se faire gronder d’avoir sauter dans une flaque d’eau, prendre le temps de sentir la pluie sur mon visage, sentir la terre couler entre mes doigts…
Entendre encore une fois et une dernière leur voix, leur rire, me bagarrer avec eux, me réconcilier dans les pleurs. Les jeux en famille, les balades, les leçons, le respect à mon père et ma mère, ma complicité avec mes frères.
Mes années d’école, de collège, le lycée. La première fille embrassée, le premier vrai émoi. Celle à qui je ne me serai jamais déclaré, celle qui m’accompagne dans la vie. Les copains, les soirées, les virées, les délires, les conneries.
Le temps affadit toutes les couleurs de la vie, enlève toutes les saveurs, tous les désirs.
Alors je suis étonné ce matin de voir, pour la première fois, cette ville si belle dans les premiers rayons de la journée. Je redécouvre le plaisir simple de contempler le ciel se modifier, se teinter de milles couleurs, le parfum des fleurs du balcon qui emplit mes poumons, la rosée qui leur laisse comme un collier de diamant sur leurs pétales…
Je suis étonné de la simplicité de la vie qui coule dans mes veines, simplicité et beauté fantastique qui maintenant me font apprécier chaque seconde qui passe.
Une main légère posée sur mon épaule, l’odeur du café qui s’échappe d’une tasse, l’invitation discrète de cette femme que j’ai fait mienne.
J’ai passé les vingts premières années de ma vie à en profiter en toute insouciance et en toute puissance. Ce matin je sais que le vrai bonheur se trouve dans les petites choses simples que la vie nous offre.
Je regarde le soleil se lever tranquillement sur la capitale, j’observe, petit à petit, la ville s’animer de ces millions d’anonymes qui courent dès l’aurore. Et moi j’ai arrêté la course de ma propre existence, pour profiter un instant du répit de l’aube avant de m’élancer à corps perdu dans l’agitation de milliers d’existences riches d’instants minimes et précieux.
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