Un peu de liberté...

Cyprien, petit fantoche

Concours d'écriture CHRO "Vous entrez en scène, vous êtes une marionnette"

 

L’heure approche, la salle se remplit lentement de petites têtes joyeuses, aux yeux étincelants, attendant avec impatience et fort bavardage que le rideau se lève.

 

Tout est en place, ils n’attendent plus que toi qui repose sagement dans ton coffre de bois. Dans quelques minutes, tu feras ton entrée. Allez viens Cyprien, il est temps de te préparer.

 

Je te sors délicatement de ta boîte vernis et te soulève du coussin en soie rouge sur lequel tu reposais.

 

Tu me fais une drôle de tête Cyprien, m’en voudrais-tu de t’avoir ainsi réveillé ? Tes fils ne sont même pas emmêlés, tes membres en bois brillent comme des étoiles, ta mise est parfaite… ah, il te manque ton accessoire : et voilà ta petite épée pour parfaire à la tenue du chevalier que tu es.

 

Je t’assieds devant moi et c’est à mon tour de me préparer : quelques mouvements des doigts et des poignets, quelques assouplissements et enfin nous répétons ensemble, bougeant au rythme que t’imposent mes doigts.

 

Cyprien, tu es mon unique conception, le seul être à qui j’ai pu donner la vie.

 

Les lumières se tamisent, la musique s’élève en même temps que les petites voix se taisent. Le rideau se lève sur ton petit castelet et tu fais ton entrée.

 

Et pendant que je te fais vivre des aventures extraordinaires que des centaines de petites mains applaudissent, j’observe tous ces sourires béats d’admiration pour le petit fantoche qui parcoure le monde que je t’ai inventé.

 

Au fur et à mesure où ton histoire avance, la douleur dans mes mains me rappelle que je n’ai pas le même âge que ces mômes. Ma jeunesse est bien loin derrière la leur, mes cheveux grisonnent, mon dos se voûtent, mes articulations se bloquent. Pour ces enfants je n’existe pas. Ah, petit fantoche, tu vis au prix de mes souffrances.

 

Le spectacle se termine, tu leur envoies des milliers de baisers qu’ils te rendent au centuple. La salle se vide des rires, des exclamations joyeuses et le silence tombe en même temps que le rideau sur toi.

 

Tu me regardes, heureux, une soirée de plus où tu auras fait le bonheur de tous ces bambins. Tu auras bien mérité de te reposer.

 

Je te regarde, allongé dans ton petit coffret et soupire : le vrai Cyprien lui ne fait rêver personne.

 

Moira

 



29/11/2009
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