Un peu de liberté...

La déclaration

Elle l’attend devant le bahut se demandant comment l’annonce serait-elle reçue, car à leurs âges, les premiers amours sont parfois cruels.

 

Cela fait des semaines qu’elle s’interroge sur ce qu’elle éprouve, ne comprenant pas ce qu’il lui arrivait, n’étant pas prête pour ce type de sentiment.

 

Au début, il s’agissait d’une belle amitié, complicité quasi parfaite entre deux êtres tant et si bien que, parfois, les mots devenaient inutiles. Il suffisait d’un seul regard pour se comprendre, et quel regard ! Cette douceur dans leur forme en amande, la profondeur de ses iris émeraudes bordés de longs cils noirs, toutes ces expressions seulement transmises par ses yeux… elle les connaissait si bien.

 

Le doute est survenu il y a plus de six mois. D’abord considérés comme une forte amitié, elle se rendait compte que certains gestes pouvaient être équivoques mais qu’elle n’éprouvait aucune gêne à les faire tantôt lui prenant la main, tantôt lui caressant ses doux cheveux bruns parsemés de mèches rougeoyantes et coupés courts… quel dommage.

 

Plus le temps passait, plus il lui était évident qu’elle avait besoin de ce contact physique, de partager bien plus qu’une amitié.

 

Le déclic est survenu quelques jours auparavant : elle lui a donné un baiser, un de ces baisers doux et chaste qui voulait à la fois sécher ses larmes, à la fois lui prouver combien son existence lui était précieuse. Elle se souvient encore de son SMS l’informant de son arrivée imminente pour «besoin de vider son sac» puis du trouble dans ses yeux, mélange de peur et de chagrin, de ses lèvres pleines tremblotantes, de ses joues rougies par les larmes et l’effort de la marche, de son petit corps frêle contre le sien, secoué de sanglots. Elle l’avait prise dans ses bras, murmuré des mots réconfortants et dans un même élan, l’avait embrassé, baiser ayant trouvé son écho dans cette bouche pressée contre la sienne, comme un noyé qui chercherait une bouffée d’oxygène.

 

Alors après plusieurs jours d’indécision, de recherche de soi, elle finit par se lancer. Elle l’a repéré attendant devant la grille du bahut, lui tournant le dos. Elle n’est pas pressée, elle a peur et sans cesse elle prie pour pas que ce soit la fin de leur amitié.

 

Elle lui enlace la taille et lui murmure à l’oreille : «Amandine, je t’aime». L’espace d’un instant tout se fige. Son cœur bat tellement fort dans sa poitrine et ses oreilles qu’elle a l’impression que tous l’entendent. Elle la sent qui se raidit à cette annonce, certes inattendue, puis elle se relâche, poussant un profond soupir. Elle se retourne vers elle, les joues roses, les yeux pétillants, l’embrasse fougueusement et lui répond «Moi aussi».

 




28/09/2011
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