Ce matin là
C'est un matin comme les autres, rien ne le distingue de ces autres jours passés, les mêmes habitudes, les mêmes personnes que l'on rencontre, les mêmes phrases éternellement répétées... ce quotidien itératif.
Pourtant, qui aurait cru que ce matin qui s'annonce comme les autres marquera le début de sa lutte contre elle-même, de ce combat contre le destin, le temps, contre tout.
L'enveloppe est là, paisiblement posée sur la table. Une petite enveloppe simple, blanche, innocente, qui contient la suite d'une vie peut être. "Faites que ce soit d'une vie paisible".
Elle a déjà trop attendue, elle est seule, il lui semble que c'est le bon moment. Si cette lettre ne contient rien d'extraordinaire alors elle poursuivra son quotidien tranquillement. Dans le cas contraire, elle aura tout le temps pour s'en remettre, pour paraître digne devant les autres, elle aura le temps de préparer son discours.
Le papier se déchiquette facilement, les mains tremblent. Positif.
L'impression que le temps s'est suspendu, celle d'avoir très certainement mal lu, mal compris, de l'erreur certaine des résultats de l'analyse... ce sentiment de froid, de silence mêlé à ceux de la fatalité et même du soulagement, envahissent la pièce. Positif.
Ce n'était pourtant qu'un moment d'inattention, le besoin de l'autre, de cet ami qu'elle pensait si bien connaître, le besoin d'être femme, de faire semblant d'être aimée et désirée... un besoin.
Sans vraiment s'en rendre compte elle se retrouve assise chez son médecin attendant avec scepticisme qu'il lui dise que tout va bien. Positif. Mais pas malade. Porteuse. Mais pas malade. Contagieuse. Mais pas malade. Surveillance, rythme de vie calme, éviter les virus, les rhumes... qui affaiblissent le corps... pour éviter que CE virus ne se déclare, ne se répande, ne la tue à petit feu.
C'est trop tard, il commence déjà à l'anéantir, malade ou pas. Alors quoi, s'enterrer ? Attendre ? Non réagir. Demander comment, pourquoi... à celui en qui elle avait le plus confiance, à celui qui savait mais qui s'est tu. Se responsabiliser, la faute revient aux deux. Informer, ceux qui croient savoir et ceux qui ne savent pas. Communiquer, séropo mais vivant, séropo mais non dangereux. Lutter comme son corps lutter conte ça. Lutter ... car c'est maintenant la seule raison potable pour continuer de vivre, la seule chose qui n’est pas une illusion. Lutter … ou mourir.
Inscrivez-vous au blog
Soyez prévenu par email des prochaines mises à jour
Rejoignez les 2 autres membres