Un peu de liberté...

La lettre

Papa, Maman,

 

Je vous écris cette lettre pour que vous puissiez comprendre mon geste, pour que vous compreniez que vous n'y êtes pour rien, vous avez tout tenté, c'est moi qui n'est pas été à la hauteur.

 

Je vous demande pardon. Vous m'avez inculqué des valeurs fondamentales qui n'ont pris un sens qu'aujourd'hui, un sens tragique. La jeunesse n'est pas bonne conseillère, je pensais être au dessus de ces valeurs, humilité… je ne l'ai appris que maintenant mais à quoi cela me sert-il ?

 

Papa, tu m'as toujours dit qu'il fallait être responsable de ses actes, qu'on reconnaît un homme à sa valeur et à sa faculté d'appréhender les responsabilités qui lui incombent. Pardonne-moi, c'est trop lourd à porter.

 

Maman, tu m'as appris à chérir la vie sous toutes ses formes. Tu ne supportes ni la torture ni l'injustice. Quelle déception.

 

J'adresse également cette lettre aux parents de Sarah. Peut-être pensez-vous que je salis sa mémoire en citant son nom, mais que n'ai-je pas déjà sali ? Je me refuse à ne pas l'appeler, à ne pas dire ou écrire son nom. Le faire serait la rendre à l'anonymat. Non, elle n'était pas anonyme. Je ne l'ai pas connu, n'ai appris son nom que dans les journaux et à vos cris. Mais elle était, elle est encore aujourd'hui dans vos cœurs, vos mémoires, dans la mienne, mon dernier souvenir. Elle était et l'appeler c'est lui redonner son identité, c'est assumer. Tu vois Papa, j'ai retenu la leçon… trop tard.

 

Aucune peine judiciaire ne pourrait satisfaire votre peine, ne peut me satisfaire. Je vis aujourd'hui avec ce souvenir, à chaque battement de paupières je revis cette soirée, à chaque souffle expiré je me retrouve au volant, à chaque pas je sens la voiture filer à toute vitesse, à chacune de vos larmes je revois son corps s'élever, dans vos regards à tous je la vois retomber, dans tous les silences j'entends le bruit de la percussion.

 

Je suis un assassin. Certains diront que c'était un «homicide involontaire» mais quand on est conscient d'enfreindre la loi, conscient que son geste est dangereux, tant pour soi que pour les autres est-ce vraiment involontaire ?

 

Ce soir je m'en vais. J'ai honte car je suis un lâche, lâche de ne pouvoir affronter mon procès, lâche de choisir un départ plus doux que celui de Sarah, lâche car moi j'ai le choix de partir ou de rester, un choix que j'ai enlevé à Sarah.

 

A ses chers parents, je ne demande pas votre pardon, il m'est inaccessible. Je vous demande simplement de la compassion pour mes parents car non ils n'ont rien raté. Ils m'ont donné plus que je n'ai mérité. S'il vous plaît, je sais que je suis mal placé pour vous demander un service, mais je vous supplie de leur accorder votre compassion. Eux aussi ce soir-là ont perdu leur enfant, car je suis mort depuis cette nuit.

 

Papa, Maman, n'ayez pas honte. Je ne peux continuer à vivre avec ça. Je l'ai dans la peau, dans la mémoire, je ne vis pas. Je sais que je vous déçois une fois de plus mais ce sera la dernière. Nous étions sans cesse en conflit mais jamais je n'ai cessé de vous aimer.

 

Je pars avec cet amour, c'est pour le plus grand bien.

 

Je vous embrasse,

 

Adieu.

 

Anthony.



14/02/2009
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