Un peu de liberté...

Le baiser

Pas après pas, les échanges s’amenuisent et les silences s’installent. Le moment de se séparer approche et ni l’un ni l’autre ne sait comment mettre un terme à leur après-midi.

 

Souvent, ils se donnent rendez-vous dans un petit café pour discuter, puis ils vont se promener, flâner dans les librairies et magasins en tout genre. Au fur et à mesure, leur amitié a changé. A la fois ils se cherchent et se repoussent, jamais sûr d’eux. Les rencontres se sont multipliés et chacun sait maintenant que le bout d’un chemin vient d’être atteint. Pourtant, aucun ne veut faire le premier pas.

 

Ils arrivent à la station de métro, mutiques. Leurs yeux ne se croisent plus, une tension se créée. On la remarque chez lui par ses petits regards furtifs, comme s’il voulait garder en mémoire chaque trait de son visage. Chez elle, la tension apparaît par une agitation motrice incessante, un visage qui, au fur et à mesure que les minutes les rapprochent de la séparation, se ferme.

 

Ils entendent le métro arrivé. Elle le regarde enfin, invente une excuse comme quoi elle ne peut rester plus longtemps, lui colle quatre bises sur les joues et s’en retourne.

 

A ce moment, il a la conviction que, s’il ne fait pas quelque chose pour la retenir, il la perdra à jamais. Il a attendu suffisamment longtemps pour savoir qu’il ne faut plus la laisser s’enfuir de nouveau.

 

«Attends !»

 

Son appel se mêle au bruit du métro qui s’arrête à la station et ne parvient pas jusqu’à elle. Son cœur se met à battre fort, il la voit déjà perdue, perdue dans la foule que déverse le métro, perdue pour lui, pour toujours.  La peur le gagne et il s’élance pour la rattraper. Il la cherche, bouscule le monde, il tremble de tout son être et enfin, il a repère au pied de l’escalier. Il court vers elle et au moment où elle s’apprête à monter la première marche, la retient par le poignet et la tire vers lui.

 

Elle pousse un cri de surprise et se retrouve plaquée contre son torse. Il la serre contre lui, la peur de la perdre n’ayant pas encore disparu. Elle arrive à se dégager un peu, juste assez pour le regarder en face. Elle a les yeux de la couleur d’un bon whisky, légèrement cerclés de noir pour en souligner la profondeur. Ses joues se sont colorées du rose de l’étonnement, puis de soulagement lorsqu’elle l’a reconnu, et sans doute de plaisir l’espérait-il. Il sent qu’il lui doit une explication mais ne trouve pas les mots adéquats. Il tremble plus fort, elle dans ses bras, eux dans la foule. Il bafouille en voulant lui faire comprendre combien il tient à elle, il se sent ridicule à ouvrir son cœur ainsi au milieu de nulle part, au milieu du bras de pas et de voix d’inconnu, du métro qui passe, des hauts parleurs qui crient le nom de la station, des valises qu’on fait rouler, des joueurs de guitare ambulants.

 

Elle pose un doigt sur ses lèvres, stoppant le flot de paroles inintelligibles.

«Tu parles trop». Elle l’embrasse tendrement une première fois. A ce premier contact charnel, ils se regardent directement, savourant la franchise de ce moment, sans excuse, sans prétexte, juste une vérité qui s’impose à eux. Il est à la fois surpris et ravit de ce toucher sensuel et sait que ce sentiment est partagé. Mais en même temps, il lit dans ses yeux comme un défi, un avertissement.

Toute fleur a leurs épines ou leur poison.

 

Leur étreinte se poursuit, les amants s’offrent dans les bras de l’un et l’autre, abandonnent leur pudeur et leur crainte pour se consacrer égoïstement à eux.

 

 

 

Je passe à côté d’un jeune couple qui s’embrasse tendrement, enlacé parmi une foule d’inconnu pressé. Leur nouvel amour me touche, et je souris à leur bonheur. Car celui-ci passe vite et il faut savoir profiter de chaque minute qu’il nous accorde.

 

 


 



09/07/2012
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