Un peu de liberté...

Je suis (version 2)

JE SUIS (version 2)

 

J'ouvre à demi les yeux sur une aube claire. Je tourne la tête. Je vois parmi les brumes d'un sommeil sans songe la fenêtre ouverte sur les cimes des arbres, sur fond d'un soleil orange qui fait fuir le voile de la nuit. Un léger vent pénètre dans la chambre et fait gonfler les draps qui reposent sur moi, la seule chose mobile dans cette chambre impersonnelle. L'air frais m'apporte les odeurs de terres humides par la rosée, le parfum des fleurs nouvelles.

 

Comme j'aimerai poser mes pieds nus sur le béton du balcon encore chaud, sentir les rayons du soleil caresser et pénétrer mon corps comme un amant, laisser le vent prendre mon corps et l'envelopper d'un amour éphémère ! J'aimerai sentir mon corps. Je le sens pourtant, lourd, froid, immobile. Je le voudrai léger, tiède. J'aimerai voir mes mains, leur forme si régulière, les voir se déplacer, crayon en main, sur les pages d'un cahier vierge. J'aimerai qu'un homme regarde la femme qui sommeille en moi, qu'il contemple mon corps, qu'il le rende superbe par l'amour qui se dégagerait de ses yeux. Je rêve d'être femme.

 

Mais je suis femme. Je suis brisée mais encore femme. Pas celle d’avant, celle-ci a définitivement disparue, je ne veux pas être l’ombre d’une personne, je suis une personne.

Je vois dans le regard des gens de la peine, de la peur parfois, de la pitié surtout, notamment pour ceux qui m’ont connu avant. Et pourtant je suis là, abimée mais pas morte. Je suis là, vivante, quasi-immobile mais bien présente, bien ancrée dans ce présent que les autres cherchent à fuir.

 

Moi je ne fuis plus. Je veux ce présent comme je désire vivre.

 

Je ressemble à une poupée qui serait cassée, qu’un enfant lassé de jouer avec cet objet devenu monstrueux le laisserait de côté. Mais tout le monde sait bien qu’on peut redonner une deuxième vie à un objet, on m’a redonné une seconde vie, bien loin de la facilité d’avant, bien loin de l’insouciance d’avant, avec ces traumatismes mais aussi des joies, des projets.

 

Je rêve. Je fais des projets. J’ai envie de ce présent qui m’est accordé, j’ai envie de bouger avec mon handicap, de ne pas m’abandonner à la passivité, d’essayer, d’évoluer, de progresser, d’être. Je bâtisse une nouvelle identité pour une nouvelle vie, je suis consciente de mon corps, de ses innombrables faiblesses, de ses capacités limitées… limitées mais pas absentes.

 

Voilà, je suis limitée mais je suis. Alors regardez moi. Regardez moi faire et souffrir, regardez moi être et surtout devenir.

 

C’est une nouvelle vie ce matin que vois par la fenêtre, ceux sont les odeurs du futur que sens venir jusqu’à moi. Alors ce matin j’ai fermé les volets sur un passé et j’ouvre les portes sur un présent peu ordinaire et m’enivre du parfum d’un avenir nouveau aux senteurs exquises.

 

Oui ce matin je suis de nouveau née, ce matin je suis.

 

(Moira)

 



07/03/2009
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